Crise de la modernité : la représentation de la ville du XIXe au XXIe s. dans la littérature anglophone / Modernity in crisis : representing the city in 19th centuryto 21st century literature
Le 21 janvier 2018
Institut du Monde Anglophone (Paris)
L’Angleterre, et de façon plus globale, l’Europe, se voient transformées au cours du dix-huitième siècle par la Révolution Industrielle qui accompagne l’essor de la ville. Mais c’est aussi, comme le fait remarquer Ian Watts dans The Rise of the Novel, la naissance d’un genre nouveau, celui du roman. La ville et le roman semblent donc d’emblée liés, le roman se faisant le porte-parole de la confusion qui règne dans les rues. Cela s’illustre notamment dans le roman du dix-neuvième siècle. Benjamin, dans ses Arcades et autres textes, voit dans cette relation l’expression de l’expérience de la modernité ou, pour être plus précis, du choc (et donc de la crise) de la modernité. Cette idée est reprise aujourd’hui et repensée d’un point de vue féministe, notamment par Lauren Elkin dans son ouvrage Flâneuse, qui se veut une relecture féminine de Benjamin.
Bien que les modernistes aient tenté de se détacher de leurs prédécesseurs Victoriens, la représentation de l’expérience de la ville est néanmoins présente dans la vision fragmentée que nous proposent le « stream of consciousness » de Ulysses ou encore les « myriads of impressions » de Virginia Woolf, pour ne citer qu’eux. La question de la représentation de la ville vécue comme une crise est souvent abordée dans la littérature contemporaine. Que ce soit à travers la jungle du New York néo-gothique de Carter dans The Passion of the New Eve, l’hybridité générique de la
biographie de Londres proposée par Peter Ackroyd, ou encore la réappropriation de la ville meurtrie et traumatisée après une catastrophe, telle le New York post-11 septembre chez Don DeLillo, la littérature anglophone nous offre une multitude d’exemples de villes en crise.
Les auteurs postcoloniaux ne sont pas en reste, bien au contraire. Qu’il s’agisse du Londres imaginaire de Naipaul dans The Enigma of Arrival ou du souvenir fragmenté de Bombay dans les textes de Salman Rushdie, la ville fascine et témoigne d’une crise du sujet et de son identité qu’il tente de reconstruire avec des morceaux de cartes, des cartes postales ou d’autres matériaux.
Il conviendra donc de s’interroger sur les changements survenus dans la ville contemporaine à la suite de catastrophes, qu’elles soient naturelles ou humaines (tempêtes, ouragans, terrorisme, guerres, accidents nucléaires, ...). L’une des premières réponses à la catastrophe est bien souvent le recours au renforcement de la surveillance (comme le Patriot Act d’octobre 2001), qui a un impact
non négligeable sur la manière d’appréhender la ville. Nous pourrons par exemple nous demander comment le renforcement de cette surveillance, suite à des attaques terroristes telles que celles du 11 septembre 2001 à New York ou du 7 juillet 2005 à Londres, ont pu ainsi changer le rapport à la ville, la circulation dans celle-ci, ou encore l’importance de la technologie (CCTV).
Cette journée d’étude, ouverte aux masterants, doctorants ou jeunes chercheurs, propose de s’interroger sur cette ville en crise dont nous parlent les romans anglophones depuis les aventures picaresques de Moll Flanders, jusqu’à la vision fragmentée que nous proposent les auteurs contemporains tels que Zadie Smith dans son roman NW, en passant par la représentation de la révolution chez Dickens dans A Tale of Two Cities.
Les thèmes suivants pourront être abordés (cette liste n’est pas exhaustive) :
• la ville et l’expérience de la modernité : flâneur / flâneuse ; explorer la ville,
• ville en éclat,
• possibilité / impossibilité de lire / cartographier la ville,
• l’écriture de la catastrophe dans la ville,
• le renforcement de la surveillance des citadins,
• trauma et mémoriaux,
• reconstruction / réappropriation de l’espace urbain,
• accidents / catastrophes naturelles,
• villes postcoloniales / villes et postcoloniaux,
• exil / diaspora / migration.
Mots clés :
Accident, cartographie, catastrophe, crise, flâneur, flâneuse, identité, reconstruction, réécriture,roman, surveillance, trauma, ville.
Invitée (confirmée) : Lauren Elkin, auteure de Flâneuse.
Les résumés de 200 mots, accompagnés d’une courte biographie, devront être adressés avant le 21 janvier 2018 à Aliette Ventéjoux et Charlotte Wadoux à l’adresse e-mail suivante : modernityandcitycrisis@gmail.com
Les présentations pourront se faire en français ou en anglais.
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